
Je ne sors pas beaucoup de ma tanière, mais en cas de départ d’un copain pour une durée prévisible de plus de 12 mois et à plus de 5 000 km, là je fais un effort. Je profite du trajet de métro pour calculer la courbure de la trajectoire la plus directe pour arriver à l’endroit indiqué, ce qui est inutile puisque je pars systématiquement dans le mauvais sens dès la sortie de la bouche de métro… Un vigile à l’entrée du bar vérifie que je n’ai pas de mini-bombe dans mon sac à main et j’entre : il faut alors que je me faxe entre les gens pour espérer progresser comme un escargot de comptoir avec le risque de recevoir de la bière (ou pire) sur les pieds ; j’arrive dans la pièce du délit déjà à moitié déshydratée par l’effort fourni, je ne reconnais personne avec le stroboscope, je manque de faire demi-tour sur le champ. Je visualise alors un de ses grands potes très chevelu et je commence à dire bonjour à des gens qui me parlent par onomatopées (je ne comprends rien avec la musique, alors je souris… c’est peut-être ça qui me donne cet air niais). Je me suis faite photographiée d’entrée de jeu comme ça les gens ne diront pas que je ne suis encore pas venue (comme me l’a magnifiquement fait remarquer quelqu’un) . Prochaine étape : trouver ledit copain qui part très très loin pour lui offrir mon cadeau. Comme prévu, il est déjà bien saoul et croit que je suis la meilleure amie qu’il n’ait jamais eue, il est à la limite de pleurer de bonheur en me voyant ! Et voilà, il ne reste plus qu’à meubler un peu le temps avant un départ programmé dès à présent d’ici une heure et demi : il me faut de l’alcool. Effectivement ça m’occupe bien de retourner au bar, je dois ruser, faire des roulés-boulés sur le sol, me glisser dans la sueur pour commander une Smirnoff Ice, mais ça vaut le coup car je repars avec une Smirnoff Ice phosphorescente et j’avoue que ça me plaît énormément (le serveur me connaît-il donc ou quoi ??) ; je gigote un peu tout en sirotant ma boisson fluo limite cancérigène et j’exerce mon activité favorite : l’observation du genre humain : « Tiens tiens, Janine a l’air d’avoir les joues trop rouges en parlant avec Yvan pour que ce soit honnête ; Yvan n’a pas l’air spécialement intéressé par Janine, ni par les filles en général, peut-être qu’il est homo comme son pote Louis qui est parti et qui vient de trouver l’Amour sans –e à la fin ; qu’est-ce qu’ils ont tous à partir ? Michel est de plus en plus bi pour le coup, je ne vois pas d’autre explication possible, il tripote les filles et les mecs avec le même plaisir non dissimulé ; Florent est vraiment un gars super cool, je comprend que son ex ait les nerfs qu’il parte vivre avec sa nouvelle amoureuse, elle devait penser qu’elle trouverait mieux ailleurs et qu’elle était irremplaçable, au final elle l’a perdu pour un mec qui pense qu’elle n’est pour lui qu’une sorte de loisir (c’est la punition de ceux qui pensent toujours mériter mieux que ce qu’ils ont ; un jour la vie leur donne une leçon d’humilité) ; tiens il y a Armand, je ne pensais pas du tout le voir là, mes mondes « amis de lycée » et «amis post-lycée » se rencontrent, ça fait un drôle d’effet ; j’ai l’impression qu’il ne va pas me lâcher ce petit blondinet……… »
3 vodka-orange plus tard, j’ai fini de faire l’autiste, je me mets carrément à déchirer mes cordes vocales sur le dernier tube que je ne connais absolument pas « wiiiiii got to liiiiife be my wonder shèèèèèèèèèèver !!!!!!!!!!!!!!!!!», je gesticule, je transpire l’alcool, je comprends quand on me parle, je tangue, je ris, et tant pis pour les photos, j’ose même aller aux WC (le papier est chez les hommes, la cuvette sans urine chez les femmes, ça demande beaucoup d’organisation). Je tombe sur ma montre par hasard : oups, déjà ? Où sont passées les 3 dernières heures ? Noyées dans la vodka ou quoi ? Je fais alors une sortie très remarquée en m’étalant de tout mon long sur le sol dur (très dur…). Le lendemain matin, en prenant mon gramme de paracétamol (non non, pas pour la tête mais plutôt pour l'hématome géant qui me sert de genou...), je regarde le clip d’une des chansons de la soirée : ce n’est pas tout à fait ce que j’avais compris…